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Enseignement et réformes

La culture de l’esprit, le développement lent et progressif de l’intelligence, font partie de l’éducation.

Article du 20 juin 2011, publié par PO (modifié le 22 juin 2011 et consulté 369 fois).

Théodore Beck : Mes souvenirs, 1890 - 1922

ENSEIGNEMENT ET RÉFORMES

La culture de l’esprit, le développement lent et progressif de l’intelligence, font partie de l’éducation dans son sens général. Il s’agit de mettre en valeur par l’enseignement une force limitée, pour que la vie bénéficie de ce développement, c’est-à-dire devienne un foyer de lumière rayonnante, de progrès et d’action vivifiante, pour le bien de chacun et de tous.

Après une longue série d’années, qui avait été stérile, l’enseignement réclama ses droits et ses obligations, cela surtout après la guerre désastreuse de 1870-71. Il s’agissait alors d’opérer non pas un simple remaniement, mais une refonte complète de l’enseignement. Il s’agissait de le créer pour ainsi dire de toutes pièces, afin de pouvoir l’introduire, avec des méthodes et des programmes renouvelés, dans les lycées, les collèges et les établissements libres.

Plusieurs éminents pédagogues firent de louables tentatives, afin de rénover le fond et la force de l’enseignement, mais elles furent insuffisantes. C’est alors que quelques hommes de courageuse initiative entreprirent, à leurs risques et périls, une oeuvre qui fut vraiment salutaire.

C’étaient MM. Charles FRIEDEL, Philippe de CLERMONT, Gabriel MONOD et MOIREAU, les fondateurs de l’Ecole Alsacienne ; un patriotisme ardent, une confiance inébranlable les animaient. Ils étaient d’ailleurs encouragés et secondés par des hommes de premier plan tels que Jules FERRY, WALDECK-ROUSSEAU, Léon BOURGEOIS, Michel BRÉAL, GREARD, etc. qui assurèrent à la nouvelle école l’appui de l’Université et de l’Etat. Le directeur, M. RIEDER, et le sous-directeur, M. BREUNIG, tous deux Alsaciens très français, firent de la nouvelle maison un foyer de régénération, en prenant des mesures radicales applicables à l’enseignement élémentaire, préparatoire, et à l’enseignement secondaire.

Ils ne se proposaient plus pour objectif de meubler les esprits en les gavant de connaissances facilement oubliées, mais de les former, de les discipliner.

De 1880 à 1888, le temps se perdit en regrettables hésitations ; la réforme de 1880 avait apporté des modifications radicales, mais en 1888 on entreprit, comme a dit M. Gabriel MONOD, « la réforme de la réforme ». Le nouveau régime (organisation des études et programmes) ne-fut guère apprécié. Ce fut un échec, presque une défaite.

Le point de départ de tout le mouvement de réforme dans l’enseignement secondaire avait été le livre de M. Michel BRÉAL, « Quelques mots sur l’Instruction publique en France », ouvrage qui eut un retentissement extraordinaire. Le savant voulait fortifier les études, les rendre plus classiques et plus modernes à la fois, plus simples, plus logiques, plus conformes à la tournure d’esprit et aux dispositions individuelles.

En somme, il y avait dans la réforme de 1880 des choses excellentes pour l’enseignement du français, par exemple, mais les programmes manquaient de méthode et d’unité.

De 1880 à 1888, plusieurs projets de réforme furent soumis aux autorités scolaires, mais on ne parvint pas à se mettre d’accord sur l’ordonnance des classes et la division des matières ou des programmes. L’instabilité, les tergiversations furent manifestement une cause de désordre dans les établissements scolaires.

Le mécontentement était à son comble dans le public et surtout parmi les pédagogues les plus compétents. L’opinion réclamait des mesures radicales qui fussent appropriées à l’état des esprits et capables de satisfaire les partisans des « Anciens et des Modernes » ; on demandait aussi que les programmes ne fussent pas surchargés, qu’il y eût de l’unité dans les différentes branches de l’enseignement, et que celui-ci fût simple, intéressant et vivant.

Tout en se conformant aux grandes lignes de ces réformes successives, l’Ecole Alsacienne garda son indépendance, au moins dans la mise en pratique de tel régime devenu obligatoire. Elle garda, autant que possible, son caractère d’avant-garde, et son originalité, sans avoir la prétention d’ètre supérieure au très distingué corps enseignant des Lycées et Collèges. Mais elle voulait, pour ainsi dire, jouer le rôle de mentor pour l’Université : les efforts qu’elle fit dans ce sens furent hautement appréciés.

Le mécontentement plus ou moins fondé du public s’apaisa dans une forte mesure lorsque parut, en 1902, le projet de réforme élaboré par M. Georges LEYGUES, alors Ministre de l’Instruction Publique, qui n’eut aucune peine à gagner l’approbation de la plupart de ses adversaires. L’oeuvre accomplie par M. LEYGUES est animée d’un esprit libéral et démocratique, sentimental et pratique. Le Ministre rend justice à la fois à l’antiquité grecque et romaine, et aux besoins et nécessités de la Société moderne. Personne ne pourra l’accuser de partialité, de manque d’équilibre ou de diversité.

Le premier cycle du nouveau programme est divisé en quatre sections : A. B. C. D.

A : Grec, latin et 1 langue vivante à l’oral.

B : Latin et 2 langues vivantes à l’oral.

C : Latin, Sciences et l langue vivante à l’oral.

D : Sciences et 2 langues vivantes à l’oral.

Nous avons eu quelque peine à appliquer le nouveau régime, à l’Ecole ; je dois dire que la direction et nos professeurs ont fait un louable effort dans cette intention. Ils ont voulu aussi que les quatre sections fussent éclairées par un même foyer. Ce travail de division et de concentration ne pouvait et ne devait pas se faire machinalement et devait être suivi de près, ce qu’on n’a pas manqué de faire à l’Ecole Alsacienne et ailleurs. Mais peu à peu le nouveau régime suscita de nouveaux mécontentements ; on reprochait à ses programmes de manquer de simplicité, de cohésion et d’harmonieuse unité.

Un sérieux inconvénient, disait-on avec raison, c’était la nécessité pour le jeune homme de choisir, à un âge où très souvent il n’a ni vocation ni préférence, la section qui répond le mieux à ses goûts et à ses aptitudes. Très embarrassé, il s’adresse à ses parents qui choisissent pour lui, sans connaître réellement les capacités de l’enfant, et font trop souvent dépendre leur décision de leur propre intérêt plutôt que celui de leur fils.

Malgré les inévitables inconvénients qu’entraînent la division des études et des programmes et aussi les changements de discipline, malgré les difficultés et les obstacles qu’elle avait à vaincre, l’Ecole Alsacienne, à travers toutes les réformes, a gardé, après 60 ans d’existence, l’empreinte de ceux qui l’ont fondée et de ceux qui l’ont aidée dans son épanouissement.

Fidèle à ses principes, elle considère qu’il est absolument indispensable qu’il y ait de l’unité entre les classes élémentaires et préparatoires, de la 10e à la 7e inclusivement, que l’enseignement y soit lentement progressif, que la langue maternelle en soit la base constamment élargie, que les éléments grammaticaux les plus simples et les plus indispensables soient la préoccupation constante du maître et de la maîtresse.

Notre méthode d’enseignement comprend, de bonne heure, le calcul mental, des notions très élémentaires de sciences naturelles, de géographie (en commençant par la maison paternelle) et même d’histoire (faits saillants, grands hommes) ; il faut y ajouter les leçons de choses, enseignées au moyen d’images, de tableaux, d’échantillons et enfin au moyen des promenades scolaires, dont nous avons parlé plus haut. Une des réformes les plus importantes qui aient été introduites dans la section élémentaire, réforme pour laquelle l’Ecole Alsacienne a été suivie par l’Université, a consisté à faire commencer le latin non pas en 8e, comme dans les Lycées et Collèges, mais en 6e ; les élèves l’apprenaient ainsi plus vite et mieux, leurs connaissances en français étant plus solides. Pour faciliter cette accession aux études latines, nous consolidons en 9e les connaissances acquises en 10e ; et nous allons un peu plus loin. En 8e et surtout en 7e, nous insistons spécialement sur la grammaire et la syntaxe françaises, par le moyen de l’analyse et de petites compositions, dans lesquelles l’élève doit mettre en oeuvre son esprit et son imagination.

Quand les enfants sortent de 7e, ils ont le choix entre la 6eA (avec latin) ou la 6eB (sans latin). La grande majorité des élèves se prononcent, à l’Ecole Alsacienne, pour la section classique, quitte à ne pas être maintenus s’ils ne montrent pas les dispositions nécessaires. Ceux qui réussissent à peu près dans l’exercice du thème (applications des règles apprises) et de la version (analyse d’un texte) s’intéresseront de plus en plus à l’étude de cette langue ancienne, débarrassée des choses inutiles telles que la composition en prose ou en vers et autres exercices de luxe. Cependant l’étude du latin est aujourd’hui en décadence, et le temps est assez lointain où on lisait cette langue avec intérêt, voire même avec un certain plaisir.

Nous réagissons de notre mieux et avec succès, semblet-il. Bien que la jeunesse studieuse s’intéresse moins vivement à l’étude des langues anciennes, le grec ancien qui a donné à la France une partie de ses richesses, au point de vue de la langue et du sentiment, a toujours été en grand honneur à l’Ecole, grâce à l’influence de deux hellénistes distingués, MM. RIEDER et KREBS. Néanmoins beaucoup de nos élèves s’en sont détournés aujourd’hui, sous la pression des affaires industrielles, commerciales et financières. Quelques-uns continuent pourtant à considérer le grec comme un élément essentiel de l’éducation ; ils forment une élite dans la population scolaire.

Le français est chez nous, comme partout, la partie fondamentale de l’enseignement, quels que soient le régime et les programmes. Notre langue nationale subit, elle aussi, en effet, plus ou moins, l’influence de facteurs délétères venus du dehors.

L’orthographe, la grammaire, même élémentaire, sont souvent trop négligées ; elles l’étaient moins avant la guerre, qui semble avoir entraîné avec elle une certaine légèreté de l’esprit. Il y a certainement un progrès dans le fond, dans les connaissances littéraires, dans la précision et la liaison des idées. Les méthodes sont, d’ailleurs, devenues plus intéressantes, plus suggestives, plus attirantes pour les jeunes auditeurs. Mais il y a beaucoup à faire pour former des hommes vraiment cultivés, soucieux à la fois de la forme et du fond.

Histoire et Géographie. - De 1874 à 1878, M. Gabriel MONOD a enseigné lui-même, par pur dévouement, l’histoire dans les classes de 8e et de 7e ; c’étaient, sortant de la bouche de ce maître, de merveilleux exposés, qui ne pouvaient qu’intéresser les élèves et tenir leur attention en éveil. Des professeurs de choix, ses successeurs, ont fait et font encore ressortir ce qui, dans le cours des événements, est essentiel ou secondaire, les causes et les effets ; ils l’ont fait avec une parfaite impartialité, évitant la sécheresse et l’aridité. Des tracés et des tableaux synoptiques illustrent la parole du professeur, dont l’enseignement est en grande partie oral. L’enseignement à l’Ecole doit être accompagné de croquis tracés par le maître et par les élèves ; nous avons, de plus, de temps en temps recours aux projéctions dont l’utilité est incontestable.

Sciences. Nous reconnaissons la haute vertu éducative des sciences.

Nous ne sommes pas les seuls à penser que l’ enseignement des sciences doit tendre surtout à développer la faculté d’observation. Nous nous efforçons d’obliger les élèves à observer la nature, à réfléchir, de les mettre autant que possible en face de l’expérience, qui seule peut donner la certitude.

Nous tenons leur curiosité sans cesse en éveil, en les amenant à la vérité par leur réflexion et leur expérience propres.

Il est arrivé que les littéraires fussent hostiles aux sciences et que les scientifiques traitassent les lettres comme quantité négligeable : l’Ecole Alsacienne s’est efforcée de remédier à cet antagonisme. Elle s’est imposée la tâche de bien connaître la mentalité, le goût, les préférences de ses élèves, et les orienter en conséquence.

L’enseignement de la section B, qui a remplacé l’ancienne section D, suit à peu près, à l’exclusion des langues anciennes, les mêmes programmes que la section A ; on y insiste un peu plus sur les mathématiques et le dessin. Mais le français, nous le répétons, doit occuper toujours la première place. Nous veillons également à ce qu’en 6eB et dans les classes suivantes, l’enseignement des sciences n’ait pas seulement un caractère utilitaire, mais à ce qu’il vise aussi à la culture générale.

Les réformes, en matière d’enseignement, ont donc été, on l’a vu, assez nombreuses ; d’autres viendront encore, mais l’Ecole Alsacienne, tout en se conformant aux prescriptions officielles, gardera, à travers les changements, son unité de doctrine, et elle y restera fidèle.

Lire la suite : Langues étrangères vivantes

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