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Les Embarras de Paris (1967)

Cahiers de l’EA, 16, 1967

Article du 20 novembre 2009, publié par PO (modifié le 20 décembre 2012 et consulté 652 fois).

Les Embarras de Paris

(Inspiré de Boileau)

Par Billy Jerrold, 4e1.

Le Paris d’aujourd’hui, c’est le Paris sans pieds.

Marchez, marchez si vous pouvez.

Il y a toujours quelque carrefour

quelque passage avec des clous

où vous croyez pouvoir un jour

aller de l’autre côté.

MARCHEZ, MARCHEZ SI VOUS VOULEZ,

MAIS LAISSEZ LA VOITURE ROULER.

Votre salut, piéton, c’est le feu tricolore,

et, jetant les regards de tous côtés,

vous foncez bravement au milieu de la chaussée.

Quand vous avez découvert

qu’il était vert,

il est trop tard pour reculer.

MARCHEZ, MARCHEZ SI VOUS VOULEZ,

MAIS LAISSEZ LA VOITURE ROULER.

Et les freins crissent et les trompes sonnent,

à droite, à gauche, on vous klaxonne.

Ce n’est pas le moment de s’énerver.

Quels que soient les noms qu’on vous donne,

personne ne bouge

avant le rouge.

MARCHEZ, MARCHEZ SI VOUS VOULEZ,

MAIS LAISSEZ LA VOITURE ROULER.

Le nez sur les échappements,

vous restez là à déguster

les senteurs toniques

des vapeurs carboniques.

Vous n’aurez plus qu’à épousseter

vos poumons et vos vêtements.

MARCHEZ, MARCHEZ, SI VOUS HUMEZ,

CE SERA LA POUSSIERE ET LA FUMEE.

Enfin le moment approche

où vous pensez gagner en paix

l’autre trottoir qui est si proche,

mais il vous attend le gardien de la paix

avec son carnet

de poche.

MARCHEZ, MARCHEZ SI VOUS VOULEZ,

MAIS LAISSEZ LA VOITURE ROULER.


Quand il a échappé aux dangers de la circulation, le piéton se heurte aux travaux sur la voie publique. Il ne lui reste même plus de trottoir pour se réfugier :


Quand l’EDF fait ses travaux,

et creuse ses belles tranchées,

il vous reste souvent un petit plancher

pour aventurer vos pas hésitants.

Et, si le marteau-piqueur vibre,

tenez bien votre équilibre.

MARCHEZ, MARCHEZ SI VOUS VOULEZ,

MAIS LAISSEZ LA VOITURE ROULEZ.


Les embarras de Paris ne sont pas seulement dans la rue. Les transports en commun constituent, plusieurs fois par jour, un supplice pour le Parisien qui se rend à son travail :


Vous aurez peut-être la fantaisie

de prendre le métro ;

mais il y a trop

de voyageurs. Ne poussez pas,

allons, allons, soyez polis,

montrez un peu de courtoisie.

MARCHEZ, MARCHEZ, SOYEZ TASSES

MAIS LAISSEZ LES COUREURS PASSER.

Dans le wagons de deuxième classe

vous n’aurez jamais de place.

Si vous réussissez à vous glisser

avec adresse

il faudra, pour en sortir,

jouer des coudes et des fesses.

MARCHEZ, MARCHEZ, NE SOYEZ PAS FIERS,

ET LAISSEZ FERMER LES PORTIERES.

Il y en a qui préfèrent respirer

et qui s’en vont pedibus

attendre l’autobus.

Alors, s’armant de patience,

ils prennent avec conscience

le bout de la queue.

MARCHEZ, MARCHEZ, FAITES DU SUR-PLACE,

MAIS NE LAISSEZ PAS PRENDRE VOTRE PLACE.


Les jours de grève, la situation s’envenime. C’est le malheureux piéton qui en subit toutes les conséquences :


Si c’est un jour de débrayage,

vous en avez pour vos tickets.

Vous partez pour un long voyage,

le long du quai.

Pour éviter les gaz brûlés,

vous aurez doucement roulé.

MARCHEZ, MARCHEZ DANS LE VENT,

MAIS PRENEZ LE BUS SUIVANT.


La voiture est partout. Elle envahit tous les espaces libres et, en mouvement ou arrêtée, elle est toujours l’obsession du piéton :


Le soir, vous gagnez votre rue sans encombre,

vous avez franchi tous les décombres

et bravé

tous les dangers.

Il reste encore à contourner

la machine arrêtée qui ne peut plus tourner.

MARCHEZ, MARCHEZ PRUDEMMENT,

C’EST LA VOITURE EN STATIONNEMENT.


Le Parisien ne peut même plus se reposer la nuit s’il a la malchance d’habiter sur la rue :


Dans Paris la nuit, dans Paris qui s’endort,

des engins pétaradent, des camions ronflent encore.

Il suffit d’un vélomoteur

le traversant du Sud au Nord

pour tirer de leur torpeur

deux cent mille dormeurs.

DORMEZ, DORMEZ SI VOUS POUVEZ,

ROULE LA VOITURE DONT VOUS REVEZ.


Sang neuf, 16, 1967

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