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Camp des Milles, novembre 2013

Article du 5 décembre 2013, publié par PO (modifié le 11 décembre 2013 et consulté 713 fois). Logo : Maurice Fainsilber (1reS) et Michel Marbeau

Une journée aux abords d’Aix-en-Provence

Départ à 7h11 gare de Lyon ce 21 novembre 2013. Tout le monde était bien au rendez-vous de 6h45. Les portes se sont donc refermées pour troi heures de voyage en direction de la gare d’Aix-TGV. La 1reS5 part en sortie pour deux visites : le camp des Milles et la Fondation Vasarely. Elle est accompagnée par trois enseignants de choc : Marie-Christine Bras, Laurence Letourneux et Michel Marbeau.

Dans cette voiture n°5 à deux étages, nous bénéficions d’un étage pour nous. Il s’est vite transformé en labo de physique improvisé pour continuer à préparer un contrôle le lendemain. Même si certains voulaient plutôt transformer l’étage en boite de nuit improvisée ou en tripot, le sérieux est vite revenu.

L’arrivée de 10h11 a été très sensiblement retardée dans la Saône-et-Loire enneigée. Le TGV nous précédent n’avait sans doute pas résisté aux intempéries de la nuit. C’est avec un retard de plus d’une heure que nous avons pu accéder à Aix TGV. Le car nous attendait pour nous emmener aux Milles, à proximité de la ville, dans un village situé au sud ouest de la commune d’Aix-en-Provence, aujourd’hui connu pour avoir hébergé un camp d’internement et de déportation lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce camp a été transformé en musée et lieu de mémoire et a ouvert au public en septembre 2012.

Sous la IIIe République peu après la déclaration de guerre, les réfugiés antinazis allemands et autrichiens sont désignés « sujets ennemis » et sont l’objet d’une mesure d’internement obligatoire à partir de septembre 1939. La tuilerie désaffectée des Milles devient camp d’internement, sous administration militaire. Parmi eux, nombre d’artistes et écrivains tels que Hans Belmer, Max Ernst, Ferdinand Springer, Wols, Lion Feuchtwanger et Franz Hessel, père de Stéphane Hessel, notre célèbre ancien élève récemment disparu…

À partir de juillet 1940, l’État français décrète l’internement d’étrangers (dont des juifs) désignés comme « sujets indésirables. Le camp des Milles est alors le seul camp français d’où les internés peuvent tenter d’organiser, difficilement, leur transit en vue d’une émigration. Dès novembre, le camp passe sous administration civile. On estime à environ 10 000 le nombre d’internés qui sont passés par le camp des Milles.

Signalons au passage qu’un ancien père d’élève, Sébastien Grall (gendre de Philippe Noiret, père de Déborah, AE), récemment décédé, avait réalisé un film sorti en 1995, Les Milles. Le Train de la liberté. Ce film, avec Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret (grand-père d’élève) et Kristin Scott Thomas (mère d’élève) évoque le cas de conscience du commandant Perrochon, qui dirige pourtant le camp des Milles d’une main de fer. En effet, quand l’arrivée des nazis est annoncée, il ne peut se résoudre à leur livrer ses prisonniers et affrète secrètement un train pour les évacuer sur Bayonne.

Bouclé au début du mois d’août 1942, et abondé par les rafles organisées dans le sud de la France dès le 26 août, le camp devient le point de départ de cinq convois de déportation à destination d’Auschwitz (via Drancy ou Rivesaltes), amenant environ 2000 hommes, femmes et enfants à la mort. La « zone sud » est pourtant toujours réputée « libre » : aucun uniforme allemand n’est présent aux Milles.

À partir d’octobre 1942, liquidation et fermeture progressive du camp. Les nazis envahissent la zone libre dès novembre 1942 et transforment le camp en dépôt d’armes et de munitions.

À la Libération, le site sert pour interner les collaborateurs. Il retrouve sa fonction industrielle dès 1946. L’activité y cesse en 1991. En 2004, l’intégralité des 17 ha du site est classée « monument historique ».

Le Mémorial comprend trois volets confortés par plusieurs dispositifs technologiques particuliers :

• Un volet historique : explication historique du contexte général, européen, national, régional dans lequel s’inscrit l’histoire du Camp des Milles. Information scientifique sur le site, son histoire et ses acteurs.

• Un volet mémoriel : ouverture au public des lieux historiques ayant servi à l’internement et à la déportation, dans et autour du bâtiment principal de la tuilerie. Accès aux traces laissées par les internés. Le Mémorial de la Shoah a assuré le commissariat général des expositions de ces volets historique et mémoriel, rassemblant de nombreux témoignages et apportant la documentation suite aux recherches entreprises à travers le monde auprès de nombreuses institutions et particuliers.

• Un volet réflexif : espace de réflexion et d’investissement personnel sur la responsabilité individuelle et collective dans les mécanismes qui peuvent conduire au pire. Accès aux conclusions d’expérimentations psychosociologiques sur la passivité, la soumission aveugle à l’autorité, l’effet de groupe, les stéréotypes... passerelles entre hier et aujourd’hui. Espace dédié aux “actes justes”. Diversité des actes de sauvetage et de résistances aux engrenages qui ont conduit à quatre grands crimes génocidaires au XXe siècle : Arméniens, Juifs, Tsiganes et Tutsis.

Cette visite comprend aussi l’exposition temporaire "BELLMER, ERNST, SPRINGER ET WOLS AU CAMP DES MILLES". En partenariat avec Marseille-Provence Capitale Européenne de la Culture 2013. Elle présente des œuvres qui ont été réalisées dans le camp ou inspirées par le camp.

Pour terminer cette journée aixoise, j’ai voulu compléter cette visite du camp par un lieu original situé a proximité de la ville également : La Fondation Vasarely.

La Fondation Vasarely est un complément intéressant à la visite du camp. Ayant atteint la renommée internationale, l’artiste d’origine hongroise Victor Vasarely a souhaité créer un centre réunissant urbanistes, architectes et plasticiens pour élaborer la "cité polychrome du bonheur". Dès 1966, il pose le principe d’une fondation pour diffuser sa conception d’un "art pour tous" et de la "ville de demain" intégrant l’art à l’architecture. La Fondation verra le jour en 1976 et devient l’instrument social où la réunion des compétences de divers corps de métier doit concourir à l’élaboration de "la cité polychrome".

A Aix-en-Provence Victor Vasarely met en application, ce qu’il définit comme un nouveau "techno art social". L’intégration des arts plastiques dans l’architecture, la popularisation de la culture et la diffusion de la plasticité grâce à la production en série d’œuvres d’art sont les objectifs de ce qui constitue un acte de générosité exceptionnel envers la communauté.

Les professions entrant dans le processus de création d’un environnement urbain ou d’une architecture se côtoieraient au sein même de la Fondation. Plasticiens, urbanistes ingénieurs, sociologues, psychologues, architectes, travailleraient ensemble, afin de concevoir le bâtiment et son décor en même temps.

"La synthèse des arts plastiques est un leurre ne pouvant susciter qu’une Renaissance bien pire que la première. Il est absurde de désigner une place pour un décor, fût-il abstrait. La vraie voie c’est l’intégration ; le décor doit naître en même temps que l’édifice, la plasticité est intrinsèque aux matériaux de construction et à la forme architecturale."

Pour Victor Vasarely, "il faut combattre les nuisances visuelles générées par les grands ensembles construits dans les années 60, déshumanisées et déshumanisants. Il faut sortir les gens de leur grisaille quotidienne" en leur offrant la couleur grâce à l’intégration plastique. "L’intégration d’une beauté plastique dans l’architecture est désormais possible à travers des matériaux de construction préfabriqués que l’on dotera au départ de qualités sensibles. Parallèlement, nous assistons à une poussée démographique sans précédent dans l’histoire de l’humanité, nécessitant l’élaboration d’un programme de construction énorme dans les étendues urbaines et rurales. Les inventions scientifiques ont totalement modifié la technique du bâtiment. La préfabrication des séries deviendra l’une des industries principales de notre Société de production-consommation. Enfin, au niveau de promotion matérielle où nous nous trouvons (confort, hygiène, espace, lumière), une exigence psychique s’ajoute : la beauté plastique de la cité, facteur aussi indispensable à la santé de l’homme que l’oxygène, les vitamines ou l’amour."

À la fin des années 1960, nombreux sont les architectes à penser comme Victor Vasarely. Ils remettent en question tout ce qui s’est fait au cours des dix dernières années, notamment les recherches sur les méga structures capables d’héberger des villes entières, et se tournent vers l’utilisation de nouveaux matériaux.

Ils réfléchissent également à l’idée du plan évolutif du bâtiment en fonction de besoins du moment. C’est dans cet esprit que Victor Vasarely, lorsqu’il conçoit son bâtiment, choisit de recourir à son tour au système de préfabrication de tous les éléments de la structure modulaire en béton. Il prévoit également de pouvoir agrandir l’immeuble afin de créer de nouveaux ateliers, des lieux de réception d’artistes…, adopte à cette fin l’hexagone comme module de base, et décide de donner à chaque alvéole une structure autonome.

Outre les conceptions évoquées, cette Fondation sert à comprendre l’univers d’un grand artiste du XXe siècle qui a développé des projets à travers le monde entier et investi le champ de la publicité (logo de Renault…).

Un excellent guide nous a permis de décrypter cette œuvre si particulière.

Après un court détour dans un magasin d’usine de calissons du Roy René, qui s’est fait dévalisé en l’espace de dix minutes, nous avons rejoint la gare TGV pour retourner à Paris. A 17h11, nous étions sur le chemin du retour et le labo de physique fonctionnait à nouveau de plus belle.

Ce voyage aurait sans doute été impossible sans l’accord entre le Camp et la SNCF, qui permet aux classes de bénéficier de la gratuité pour le TGV sur la ligne Paris-Marseille et dans la région PACA.

Michel Marbeau, professeur d’Histoire-Géographie

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Vous pouvez aussi consulter l'intégralité de l'album sur notre galerie Flickr.

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