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De retour de Togo

Raphaëlle Braoudé, TS3

Article du 13 mars 2014, publié par PO (modifié le 14 mars 2014 et consulté 485 fois).

DE RETOUR DE TOGO

Raphaëlle Braoudé, TS3


La Mission (été 2013)

En 2013, notre candidature acceptée, nous avons pu bénéficier, Cassandra Noblot et moi-même, de la Bourse du possible pour partir pendant un mois entier au Togo.

Nous étions une vingtaine de volontaires sur le camp sous l’égide de l’association ANGE. Nous étions chargés de participer à la construction du chantier : le projet du future restaurant Mon Refuge ainsi qu’à l’animation du camp.

Les associations

ANGE (les Amis pour une nouvelle génération d’enfants) est une ONG créée en 2001. C’est d’abord une association, puis elle devient, officiellement, une ONG du développement en 2007. Nombreux sont les enfants abandonnés par leur famille, livrés à eux-mêmes dans les rues de Lomé. Nombreux sont ceux qui sont exploités, maltraités. A la brigade pour mineurs, à la section pour les enfants, les conditions de vie sont déplorables. Les enfants ont a peine deux repas par jour et ne peuvent pour la plupart pas aller à l’école.

Gabriel, le directeur actuel, indigné, décide alors de crée une association, ANGE, visant à réinsérer le maximum d’enfants de la rue possibles, à leur permettre d’aller à l’école, à les former, à les aider à construire un avenir et surtout à leur redonner confiance en eux. L’association se bat ainsi depuis 2001 pour les droits des enfants et lutte contre la délinquance juvénile à Lomé. Elle a d’abord accueilli un enfant, puis 5, puis le nombre n’a cessé d’augmenter. Aujourd’hui, environ 700 enfants sont pris en charge par l’association.

L’ONG récupère les enfants des rues de Lomé. On recherche ensuite la famille de l’enfant. Il est très dur de retrouver les documents officiels, qui sont souvent égarés. Les recherches se basent beaucoup sur le bouche à oreille. C’est comme cela que ça marche au Togo. On interroge les voisins, les commerçants... En cas d’échec, on essaye alors de placer l’enfant dans une famille d’accueil. Si cela ne marche pas non plus, l’enfant est gardé au centre de ANGE à Lomé où il est nourrit et logé. Sur 700 enfants, une soixantaine vit au centre. ANGE dispose de deux centres à Lomé. Le nouveau centre permet d’accueillir plus d’enfants. En juillet, il était encore partiellement en travaux.

Tous les enfants de ANGE sont scolarisés. On met en place de l’aide aux devoirs et certains volontaires sont là pour leur donner des cours en plus. Cependant, l’éducation est compliquée pour un certain nombre d’entre eux car ils ont beaucoup de retard scolaire et certains sont en échec scolaire total. Un garçon de 13 ans est par exemple encore en CP. Mais ANGE persévère et multiplie les causeries sur l’importance de l’éducation et du travail. Pour les plus âgés, ANGE aide pour les formés à des activités professionnelles pour leur permettre d’avoir un métier.

Au quotidien, tout est fait pour revaloriser les enfants par des jeux éducatifs, des causeries qui les amènent à parler d’eux même et ce qu’ils ont vécu, où encore qui leur permet de prendre conscience de leurs droits.

ANGE apporte également un soutien aux enfants de la Brigade des mineurs et négocie pour qu’ils puissent être scolarisés, ou qu’ils puissent venir au centre de temps en temps au centre.

Ainsi, toute l’année scolaire, les enfants sont soit dans leur famille, soit en famille d’accueil, soit au centre. L’été, ANGE organise des camps de vacances où la majorité des enfants de ANGE se retrouve à Sichem, à la campagne de Lomé. Des camps chantier sont organisés chaque année sur un thème différent ce qui permet aux enfants d’avoir des vacances.

Avenir en héritage est une association de solidarité internationale dont l’objectif est de promouvoir une autre approche du développement, en rapprochant les acteurs du Développement, dans le cadre d’actions concrètes et pérennes, sources de partenariat gagnant-gagnant et assurant l’autonomisation des porteurs de projets.

Les missions de l’Avenir en héritage :

• Développer l’autonomie des porteurs de projets, à travers des accompagnements à la carte, adaptés à leurs capacités et à leur rythme.

• Réconcilier l’économique et le social.

• Valoriser les valeurs entrepreneuriales, inhérentes à la création d’une association comme d’une entreprise.

• Développer une logique d’investissement, de partenariat et « Vivre ensemble les projets » en créant de la richesse et des valeurs.

• Promouvoir des partenariats gagnant-gagnant, en assurant une symbiose entre les savoir-faire locaux et les transferts de technologie.

Avenir en Héritage et ANGE sont partenaires depuis 2009.

Le thème du camp

Cette année, le thème du camp s’intitulait : « Ma vie, mon histoire, l’écrire pour exister ».

Le thème s’appuie sur un film de Richard LaGravenese Ecrire pour exister.

Le film a été visionné par les enfants le premier soir du camp. Il s’agit d’un lycée d’élèves de milieu défavorisé qui ont constitué des gangs qui passent leur temps à se faire la guerre. Une jeune professeur d’anglais arrive dans le lycée et est choquée par tant de violence. Elle ne parvient pas à obtenir leur attention en classe mais elle persévère. Elle va tout faire pour trouver une solution pour sensibiliser les élèves à la lecture et l’écriture. Elle achète à chacun d’entre eux un cahier où ils vont devoir écrire leur histoire, ou tout ce qu’ils ont envie d’écrire. À sa grande surprise, le principe fonctionne. Elle se rend compte des situations familiales compliqués, des difficultés que ces élèves rencontrent au quotidien, des violences subies.

Le camp a voulu reproduire le film à sa manière. Au début du séjour, tous les enfants, tous les animateurs togolais et français ont été répartis en cinq groupes différents, qui se basaient sur le nom des gangs dans le film : Les Titiruanas, les Blanches Neige, les Zhénos, le Guetto et le Petit Cambodge. Chaque équipe a son cri de guerre, son totem, sa couleur. Au début, chaque enfant s’est vu attribué un carnet qu’il a pu personnaliser. Tous les jours, les enfants peuvent écrire dans leur carnet sur le thème de la causerie du jour, ou tout simplement ce qu’ils ont envie. Les plus petits dessinent, les volontaires aident à rédiger l’histoire de ceux qui ont du mal à mettre des mots sur leur passé.

Le projet du camp en 2013

Mon Refuge est une ferme qui a pour objectif d’améliorer l’état nutritionnel et la sécurité alimentaire des enfants grâce à l’autoproduction, de les sensibiliser aux problématiques environnementales et de poser les premiers jalons d’une réinsertion sociale et professionnelle par le travail des champs.

Le camp de cette année devait se concentrer sur la construction d’un poulailler. Le projet n’a malheureusement pas pu aboutir à cause d’un manque de fonds nécessaires pour sa réalisation. ANGE a choisi de construire un « abri » pour Mon Refuge. Ce lieu regroupe plusieurs constructions. Certains enfants, mais très peu seulement y dorment. On y trouve la porcherie, et le reste du bétail. C’est là que se passent toutes les activités de chantier. Cette année, il s’agissait de construire un petit restaurant. En effet, ANGE a décidé de vendre un peu de sa production agricole à venir, la ferme se trouvant au bord de la route, les passants pouvant donc s’y arrêter pour manger rapidement. Cela permettrait d’avoir un peu d’argent en plus pour l’association.

Une journée type à Sichem

Les volontaires se lèvent à 6h30 du matin pour prendre le petit déjeuner avant le réveil des enfants et préparer les activités et les services de la journée. A 9h, enfants, volontaires et animateurs ont tous rendez-vous à l’école pour la prière puis le petit-déjeuner (porridge !).

A 10h, les élèves du Centre sont répartis en deux groupes : les enfants et les adolescents (plus de 12 ans). Les enfants, avec la moitié des volontaires et animateurs togolais, vont faire des jeux de plein air sur le terrain de football. La plupart sont des jeux en équipes.

Les adolescents, eux, partent au chantier avec le reste des animateurs et volontaires togolais. Ils y sont également divisés en plusieurs groupes : certains vont chercher de l’eau, d’autres vont désherber, creuser, ramasser le gravier, aller chercher du bois… Les activités du chantier sont centrées autour de la construction du restaurant, appelé lui aussi Mon Refuge ; mais ils sont aussi amenés à aider en cuisine, ou à aller chercher du son et du riz pour le bétail. Les travaux au chantier sont physiquement éprouvants. C’est pourquoi les animateurs (togolais et volontaires) de chaque équipe se répartissent, en début de semaine, les jours de chantier et l’animation du Centre.

A midi, les activités du matin se terminent et les enfants disposent d’une heure de temps libre avant le déjeuner. Les volontaires en profitent pour manger, généralement entre eux au camp d’habitation. Puis, certains font la sieste, d’autres préfèrent jouer au football… Les volontaires peuvent retourner à l’école pour passer du temps avec les enfants ; certains en profitent pour écrire leur carnet de bord ou faire leur lessive. Pour ceux qui animent la journée du lendemain, c’est un moment privilégié d’organisation, de préparation et de mise en commun des idées.

Les activités, très différentes, reprennent à 15h. De manière générale, le fonctionnement par équipes est préféré.

Un jour sur deux est organisée une causerie éducative : il s’agit de proposer un thème, adapté aux enfants et aux ados, séparés en deux groupes. Chacun s’exprime sur le thème, les animateurs sont là pour encadrer le débat et apporter des explications. Au cours du camp de juillet par exemple, les thèmes abordés ont été le partage, l’abandon, la persévérance, l’hygiène… Le débat est suivi d’une application concrète du thème : sketchs, chansons, danses ou jeux. Par exemple, pour le partage, les enfants devaient se partager trois gâteaux alors qu’ils étaient sept. Après, animateurs et enfants ont parlé ensemble de la manière dont ils avaient partagé. Enfin, les enfants ont fait un sketch sur le partage afin de restituer ce qu’ils avaient retenu de la causerie. Ils parlent ensuite thème du jour dans leur carnet de vie. Le soir, 10 minutes sont souvent réservées pour résumer tout ce qui a été dit l’après-midi.

Lorsqu’il n’y a pas de causerie, les enfants sont répartis en petits ateliers : activité peinture pour la fresque du restaurant, activité cuisine, sculpture, masques, ou atelier d’expression. Des journées peuvent aussi être consacrées à des tournois de football, des Olympiades ou encore un Cluedo géant alliant petits et grands.
Les activités de l’après-midi se terminent à 17h. Les enfants disposent d’un deuxième temps libre avant le repas, sauf ceux qui font leurs services, aide à la cuisine, dressage de la table, nettoyage, etc.

Au Togo, la nuit tombant très vite, le dîner est servi entre 18h30 et 19h. Les veillées commencent à 20h dans la salle polyvalente. Le programme varie en fonction des jours : projection de films, présentation du travail de la journée, synthèse de la causerie, ou tout simplement soirée danse au rythme togolais. D’autres soirs peuvent être organisées des veillées plus spéciales dans la cour de l’école, autour d’un feu de camp. Le coucher est à 22h30 pour les enfants. Les adultes, eux, achèvent leur journée par un bilan en vue de l’amélioration des journées futures.

Mes impressions

Ma mission au Togo a été de loin la plus enrichissante, la plus incroyable de toutes mes expériences. Avant de partir, je ne savais absolument pas à quoi m’attendre ni comment ça allait se passer, comment ils allaient réagir en me voyant. J’étais bien loin de me douter de ce qui allait arriver. Chaque jour a été unique, une nouvelle surprise, une nouvelle découverte, une nouvelle source de richesse. J’y ai fait des rencontres formidables. Les togolais ont fait part d’un sens de l’honneur, d’une noblesse de sentiments que je n’ai trouvé nulle part ailleurs. J’ai été frappée par leur capacité à surmonter des moments souvent très douloureux de leur vie. Devoir être à l’écoute de l’autre, se voir confier des souvenirs très pénibles, dont on n’a parfois aucune idée en Europe a été à mon sens un des aspects les plus importants de ce camp. J’ai découvert une culture différente, une mentalité différente, un style de vie différent, bien loin de mon petit confort parisien. C’est pour cela que je tiens à remercie l’Ecole alsacienne, ainsi que la famille donatrice de la Bourse du possible, pour m’avoir permis de vivre ce voyage inoubliable.


Une banderole de l’association


Chambres des volontaires à Lomé dans l’ancien centre


L’infirmerie délivrant les premiers soins aux victimes du paludisme


Gabriel, le directeur de ANGE, et des anciens élèves en séance de formation


Le petit déjeuner


Activité Cuisine : faire des crêpes


Activité Pâte à modeler


Activité Colliers de perles


Activité Scoubidous


Rencontre avec un sculpteur de bois


Atelier Poterie


Course en sac


La corvée de l’eau


A la recherche de pousses pour la fabrication de balais


...et la suite


Nourrir les cochons


La porcherie, construite en 2013


Le restaurant : premiers coups de pelle


Le restaurant : décorations


Le restaurant : fresques


Le restaurant : le voilà !


Photos : Raphaëlle Braoudé et Cassandra Noblot

École alsacienne - établissement privé laïc sous contrat d'association avec l'État

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